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Balade parisienne en temps d’épidémie ou la naissance d’une chanson

 

Bonjour Clara, tu es professeur et aussi musicienne, tu écris des poèmes à tes heures perdues et aujourd’hui nous allons découvrir une chanson dont tu as écrit les paroles, « Balade parisienne en temps d’épidémie »: Qu’est ce qui pour toi, ce matin d’avril, a déclenché ce désir d’écrire ces paroles? Une émotion particulière? Ou bien était-ce en gestation depuis quelque temps?

C’était une occasion inattendue. J’ai dû conduire ma fille chez une de ses amies. Je me suis retrouvée dans le quartier du Parc Georges Brassens, que je fréquente ordinairement peu. C’était assez tôt le matin, il faisait beau, j’étais libre, j’ai savouré ma promenade. J’ai surtout remarqué avec surprise que le marché aux livres était ouvert, ce qui m’a vraiment interpellée, car je ne m’attendais pas à cela à cause du confinement. J’ai donc été frappée par le contraste entre le sentiment de liberté que j’ai alors éprouvé sans l’avoir cherché et le troisième confinement, qui s’abattait sur nous d’une façon que je ressentais comme pesante. Quelques impressions de cette balade sont restées fixées dans ma mémoire pendant deux semaines, avant que je me décide à les écrire. Tout cela était assez inattendu. J’écris habituellement quelques lignes par jour, pour me souvenir de ce que j’ai fait, mais j’en reste là.

Comment as-tu senti que cela devrait être une chanson, et pas un poême ?

J’ai d’abord écrit mes impressions, successivement, en prose comme un récit très sobre, très bref, très factuel, de ma balade. C’était quinze jours après. Puis je me suis lancée dans un écrit en vers, à partir de ce canevas en prose, cela m’a pris peut-être une demi-heure ou une heure. C’est venu avec un refrain, donc c’est venu tout seul, comme une chanson. C’était un peu comme un jeu.

Qu’as tu ressenti quand tu as entendu la la chanson en elle-même, avec la musique? Ce devait être forcément différent de ce que tu pouvais avoir en tête, rien que par la prosodie, et la rythmique…

Quand j’ai entendu la chanson, j’ai été étonnée, car tu avais donné à mes paroles un rythme tout autre que celui que j’avais moi-même imaginé. Car oui, j’avais imaginé un rythme, de mon côté. J’ai trouvé cela déconcertant. En même temps, j’ai tout de suite compris que c’est exactement ce que j’avais cherché en te transmettant mes paroles: un autre regard sur elles, un autre point de vue. J’ai été frappée par l’énergie qui se dégageait du texte et de ta musique, par une forme de joie, par le style dynamique, un peu cabaret. J’ai apprécié!

Tu es excellente musicienne, pianiste et violoniste… Quelle place la musique occupe-t-elle aujourd’hui dans ta vie ?

J’ai appris la musique classique, avec beaucoup de règles, une certaine grandiloquence, de la profondeur, toujours. Je continue à pratiquer cette « grande » musique avec beaucoup de plaisir. C’est un refuge aussi pour moi quand je traverse une période plus difficile. La musicothérapie, ça marche très bien avec moi!

Voudrais-tu nous partager un souvenir sur ta pratique musicale, enfant? Un professeur qui t’a marqué, un concert ?

Je me souviens d’avoir trouvé enfant (j’étais toute petite), que le piano c’était vraiment très difficile: mettre les deux mains ensemble, alors qu’elles ne jouaient pas la même partie, quel casse-tête! Il me fallait en plus abandonner régulièrement les petits voisins qui jouaient dans le jardin pour travailler mon piano, un véritable crève-coeur! Plus tard, vers treize ans, j’ai joué un été un petit concerto en soliste avec un orchestre. J’ai trouvé ça fabuleux. On devrait plus donner l’occasion aux très jeunes de jouer ainsi en soliste, des morceaux faciles, avec accompagnement d’orchestre ou de musique de chambre. C’est moins compliqué à mettre en oeuvre qu’il y paraît.

Voudrais tu nous partager quelques unes de tes oeuvres musicales préférées, tes artistes préférés?

Oh, ils sont nombreux. Je ne peux pas parler ici vraiment de mes « préférés », car j’en aime trop et il y a vraiment beaucoup beaucoup de gens très doués, je parle aussi bien ici des compositeurs que des interprètes.  Alors, pour n’en citer que très peu, parmi ce grand nombre, je dirai que je suis une fan des femmes pianistes et de l’école française, de Marguerite Long qui collaborait avec Debussy et Fauré, de Marcelle Meyer qui inspirait Poulenc ou Chabrier et qui redécouvrait Rameau. J’aime beaucoup cette alliance entre les instrumentistes et les compositeurs, pour faire naître la musique, la grande musique. J’aime aussi Marc-Antoine Charpentier collaborant avec Molière, je trouve ça vraiment drôle et décalé par rapport au Charpentier de la musique sacrée, quelle variété de talents!

Ta chanson porte un regard bienveillant sur le monde, cela apporte beaucoup d’énergie positive, en ces temps « covidiens », comme tu le dis.Tu y parles avec tendresse de Paris, « ville de culture », de ses habitants, de ses commerces: Voudrais – tu ici prolonger ce que tu nous communiques dans la chanson, quelle expérience tires-tu de cette année si particulière?

Je suis parisienne depuis l’enfance, j’aime cette ville, je me suis toujours dit que j’avais de la chance d’être parisienne. J’aime le dynamisme économique, l’énergie humaine qui s’en dégage. Paris accueille le monde entier, c’est une ville qui pratique l’ouverture. J’aime son histoire aussi, qui attire des gens qui habitent à l’autre bout du monde. Alors je suis triste d’assister à la fermeture de Paris, de ses bars et restaus, de ses théâtres, salles de concert et cinémas, de ses musées, de ses monuments, de ses hôtels… Plus de touristes non plus, c’est vraiment triste. Et pourtant je suis sensible à toute l’activité qui se maintient alors même que l’on met Paris sous cloche. Je suis persuadée que tout est prêt à repartir. Oui, tous les talents sont prêts à se redéployer, dès que l’on abolira contraintes et barrières, bientôt j’espère.

Qu’imagines tu comme suite à ce projet, d’autres textes à venir? Nous l’espérons!

Ah, j’espère continuer à être inspirée et pouvoir compter sur ta coopération, pour la musique. J’imagine d’autres poèmes qui pourraient devenir des chansons, Paris m’inspire. Surprise…

 

la chanson:

2 commentaires sur “Balade parisienne en temps d’épidémie ou la naissance d’une chanson”

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